
Que c’est-il passé au G20 de Toronto, pendant lequel 1000 personnes ont arrêtées? Voici un résumé de la situation à l’intention des gens qui n’ont pas suivi l’actualité des derniers jours. J’ajoute mon interprétation personnelle des événements.
D’abord quelques précisions :
- Je suis en désaccord avec les trois quarts des idées défendues par les manifestants. Notamment, je suis un capitaliste qui est propriétaire de sa propre compagnie, qui a des multinationales comme clients, et qui investit à la bourse.
- Je suis en total désaccord avec les idées et les méthodes du Black Bloc et autres vandales. Selon moi, ces gens devraient être arrêtés et jugés.
- Je ne suis impliqué dans aucun groupe de manifestants ou d’activistes.
- J’ai ajouté quelques sources d’information complémentaire qui me semblent crédibles : reportages dans des grands médias traditionnels, vidéo sur Youtube, documentation officielle du gouvernement, etc. Pour ne pas alourdir inutilement, je n’ai pas documenté les faits qui sont connus et considérés vrais par (presque) tous.
Donc voici le résumé des événements et la conclusion troublante que j’en tire.
Lors de la rencontre du G20 les 26 et 27 juin à Toronto, des milliers de personnes ont manifesté pour exprimer des valeurs et des idées divergentes de celles prônées par le gouvernement. La très grande majorité des manifestants étaient pacifiques. Manifester ainsi est un droit protégé par la Loi. Malheureusement, certains manifestants, masqués et habillés de noir (qu’on nomme généralement Black Bloc), ont fait du vandalisme. Ces vandales ont pu briser des vitrines et incendier des voitures sans être vraiment inquiétés par les forces de l’ordre.
L’inaction des policiers est très surprenante considérant les ressources sont ils disposaient (environ un milliard de dollars). Par exemple, les policiers auraient amené une voiture dans la foule puis se seraient retirés en la laissant là, sans protection. Les vandales qui l’ont incendié n’ont aucunement été inquiétés.
Selon certains témoignages, aussi surprenant que cela puisse paraître, les policiers auraient reçu l’ordre de ne pas intervenir contre les vandales.
Plusieurs activistes sont convaincus qu’une partie significative de ces vandales sont en réalité des agents provocateurs de la police. Il n’y a actuellement aucune preuve démontrant l’utilisation d’agents provocateurs au G20. Rappelons cependant que la SQ a avoué que, lors du somment de Montebello, une partie des Black Blocs étaient en réalité des policiers déguisés. Ils ont été découverts lorsque l’un d’eux a refusé de laisser tomber une roche. L’utilisation passée d’agents agents provocateurs par la GRC est aussi très bien documentée.
Alors qu’ils n’intervenaient pas contre les vandales, les policiers ont arrêté environ 1000 autres personnes. C’est la plus grande arrestation de masse de l’histoire du Canada.
La très grande majorité des personnes arrêtées ne participaient à aucune action illégale: assis dans un parc, en train de dormir en pleine nuit, etc. Les policiers ont souvent utilisé une violence qui semble complètement injustifiée contre des manifestants (qui, rappelons le, n’avaient strictement rien à se reprocher) : coups de poing au visage, coups de matraque partout sur le corps, balles de caoutchouc, gaz lacrymogènes, charge à cheval, etc.
De très nombreuses arrestations ne visaient pas une personne en particulier qui aurait commis un crime, mais étaient plutôt un coup de filet visant l’ensemble d’un groupe.
Les forces de l’ordre ont diffusé des informations fausses pour expliquer ces arrestations, notamment en exhibant des « armes » qui n’ont aucun rapport avec les manifestants ou le G20.
Pendant ce temps, selon les témoignages, les personnes arrêtées ont vécu des conditions de détention pénibles et humiliantes : température glaciale, pas de lit ni couverture pour dormir, privation d’eau et de nourriture, fouilles à nu, etc.
La majorité des personnes arrêtées ont finalement été relâchées sans qu’aucune charge ne soient portées contre elles, démontrant que leur arrestation était injustifiée.
Certaines personnes sont accusées de délits criminels, comme de complot par exemple. Elles devront se défendre devant les tribunaux. Dans ce genre de situation, souvent les manifestants arrêtés finissent par gagner et être innocentés, mais seulement après tous les désagréments que cela suppose : perte d’argent, perte de temps, inquiétudes, restrictions imposées par la cour, atteinte à la réputation, etc.
Ces méthodes d’intervention policière sont conformes à ce qui est connu comme le « Protocole de Miami », qui vise à discréditer et décourager les manifestations pacifiques.
Une question demeure: pourquoi? Pourquoi un tel fiasco?
Comme lors d’une enquête policière, la première question à se poser est à qui profite le crime.
Ma réponse est une hypothèse. Je n’ai pas de preuves directes que telle était l’intention, mais les preuves circonstancielles sont nombreuses.
Lorsque les rues se remplissent d’une foule qui exprime des valeurs et des opinions divergentes des siennes, un gouvernement fait face à une contestation forte et difficile à combattre. Le vandalisme joue alors en faveur du gouvernement :
- La population est dégoutée face au vandalisme, avec raison d’ailleurs. L’ensemble des manifestants s’en trouve discrédités. Le message des manifestants ne convaincra alors personne.
- Dégoutée par ce vandalisme, une partie significative de la population croient que la violence des policiers (coups de poing, etc.) et les arrestations arbitraires sont justifiées. Cette violence et ces arrestations découragent plusieurs manifestants à continuer à s’impliquer. Aussi (surtout?), cela décourage les gens qui partagent les valeurs ou les opinions à commencer à s’impliquer. Les manifestations et autres contestations futures, pourtant tout à fait légales, et s’en retrouvent beaucoup moins populaires.
Est-ce que le vandalisme a été souhaité par le gouvernement pour « briser » les manifestants? Je n’ai pas trouvé une autre explication qui serait compatibles avec les faits.
La situation est assez troublante que des dizaines de milliers de personnes réclament une enquête indépendante. J’en fais partie.
Voir aussi l’article de Philippe Le Roux :
Etienne Denis
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