juillet 2010

Omar Khadr est innocent

Omar Khadr est innocent. Ou plutôt, tout indique qu’il l’est. Voici un résumé du dossier de ce jeune Canadien arrêté, enfermé et torturé au nom de la guerre au terrorisme

  • Il est Canadien. Sa famille est d’origine afghane.
  • Comme la très grande majorité des ados de 15 ans, il a la même culture que ses parents. Dans le cas de vos ados, cela suppose peut-être d’être athée, d’aimer les bons films et de manger une pizza à l’occasion. Dans son cas, cela suppose d’être un islamiste pro-taliban.
  • Sauf erreur, il est déjà en Afghanistan en 2001 lorsque l’armée américaine et ses alliés ont envahi le pays.
  • En juillet 2002, l’aviation américaine bombarde la maison où il se trouve, tuant tout le monde sauf lui (et peut-être un autre). Il est grièvement blessé.
  • Le bombardement est immédiatement suivi d’une opération au sol d’un commando américain.
  • Selon l’armée américaine, il aurait alors lancé une grenade contre un soldat et l’aurait tué. Cela est controversé, puisque le premier rapport des soldats impliqués dans l’attaque aurait dit que celui qui a lancé la grenade a été tué, et que de toute façon Omar Khadr était trop blessé pour lancer une grenade. Mais que ce rapport aurait été par la suite modifié.
  • Il a été arrêté, puis emprisonné à Guantanamo. Il y a été torturé (cela est abondamment documenté).
  • Il sera jugé au cours des prochains jours. S’il est condamné, il passera le reste de sa vie en prison.

Pourquoi est-il innocent?

  • Si on considère qu’il était soldat, il était un enfant-soldat. Juger un enfant-soldat est contre les conventions internationales.
  • Si on considère qu’il n’était pas un soldat, il était nécessairement un civil, ou plus précisément un civil se défendant contre une armée étrangère qui envahissait un pays. Peut-être que je me perds dans les nuances légales, mais selon ce que je comprends, quand le pays A envahi le pays B, les civils du pays B ont le droit de se défendre par tous les moyens à leur disposition. Cela inclut de lancer une grenade à un soldat membre d’une armée qui vient de tuer toutes les personnes avec qui vous étiez. C’est, sauf erreur, ce que disent les conventions internationales.

Peu importe son statut d’enfant-soldat ou de civil, on peut raisonnablement conclure qu’il avait de très sérieuses raisons de croire que sa vie était immédiatement en danger. Notamment :

  • L’armée qu’il affrontait venait de tuer toutes les personnes avec qui il était.
  • Il aurait été lui-même tiré dans le dos, alors qu’il était déjà blessé.

Une personne qui a de très sérieuses raisons de croire que sa vie est immédiatement en danger a le droit de défendre sa vie. Cela inclut le droit de tuer toute personne qui menace immédiatement sa vie. Comme un soldat ennemi, membre d’une armée qui vient de tuer toutes les personnes autour…

Enfin, ses conditions de détention discréditent complètement le système judiciaire. Il a été torturé. On ne parle pas ici d’une baffe d’un gardien un peu trop zélé. On parle d’un programme planifié et exécuté sur de très longues périodes. Cela aussi est contraire aux conventions internationales.

Bref, si on reconnaît que les droits fondamentaux s’appliquent à cet homme, il doit être innocenté.

Et si on considère qu’Omar Khadr est coupable, il faut réécrire les livres d’histoire. Par exemple, nous glorifions les résistants français qui ont continué à faire la guerre aux nazis longtemps après que leur pays ait été occupé par les Allemands durant la Seconde guerre mondiale. Qu’ont-ils fait de différent de ce qu’on reproche à Omar Khadr?

Évidemment, il y a une petite différence : les résistants français étaient de notre côté, pas Omar Khadr. Mais considérer que les droits fondamentaux ne s’appliquent qu’aux gens qui sont de notre côté n’est pas une caractéristique d’une démocratie. C’est une caractéristique d’un État policier ou d’une dictature.

En d’autres termes, nier les droits fondamentaux d’Omar Khadr, c’est prôner les valeurs et les principes d’un État policier ou d’une dictature.

Je tiens à souligner que le gouvernement actuel du Canada nie les droits fondamentaux d’Omar Khadr.

Pour en savoir plus :

Quelques faits

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G20 : que c’est-il passé à Toronto?

Que c’est-il passé au G20 de Toronto, pendant lequel 1000 personnes ont arrêtées? Voici un résumé de la situation à l’intention des gens qui n’ont pas suivi l’actualité des derniers jours. J’ajoute mon interprétation personnelle des événements.

D’abord quelques précisions :

  • Je suis en désaccord avec les trois quarts des idées défendues par les manifestants. Notamment, je suis un capitaliste qui est propriétaire de sa propre compagnie, qui a des multinationales comme clients, et qui investit à la bourse.
  • Je suis en total désaccord avec les idées et les méthodes du Black Bloc et autres vandales. Selon moi, ces gens devraient être arrêtés et jugés.
  • Je ne suis impliqué dans aucun groupe de manifestants ou d’activistes.
  • J’ai ajouté quelques sources d’information complémentaire qui me semblent crédibles : reportages dans des grands médias traditionnels, vidéo sur Youtube, documentation officielle du gouvernement, etc. Pour ne pas alourdir inutilement, je n’ai pas documenté les faits qui sont connus et considérés vrais par (presque) tous.

Donc voici le résumé des événements et la conclusion troublante que j’en tire.

Lors de la rencontre du G20 les 26 et 27 juin à Toronto, des milliers de personnes ont manifesté pour exprimer des valeurs et des idées divergentes de celles prônées par le gouvernement. La très grande majorité des manifestants étaient pacifiques. Manifester ainsi est un droit protégé par la Loi. Malheureusement, certains manifestants, masqués et habillés de noir (qu’on nomme généralement Black Bloc), ont fait du vandalisme. Ces vandales ont pu briser des vitrines et incendier des voitures sans être vraiment inquiétés par les forces de l’ordre.

L’inaction des policiers est très surprenante considérant les ressources sont ils disposaient (environ un milliard de dollars). Par exemple, les policiers auraient amené une voiture dans la foule puis se seraient retirés en la laissant là, sans protection. Les vandales qui l’ont incendié n’ont aucunement été inquiétés.

Selon certains témoignages, aussi surprenant que cela puisse paraître, les policiers auraient reçu l’ordre de ne pas intervenir contre les vandales.

Plusieurs activistes sont convaincus qu’une partie significative de ces vandales sont en réalité des agents provocateurs de la police. Il n’y a actuellement aucune preuve démontrant l’utilisation d’agents provocateurs au G20. Rappelons cependant que la SQ a avoué que, lors du somment de Montebello, une partie des Black Blocs étaient en réalité des policiers déguisés. Ils ont été découverts lorsque l’un d’eux a refusé de laisser tomber une roche. L’utilisation passée d’agents agents provocateurs par la GRC est aussi très bien documentée.

Alors qu’ils n’intervenaient pas contre les vandales, les policiers ont arrêté environ 1000 autres personnes. C’est la plus grande arrestation de masse de l’histoire du Canada.

La très grande majorité des personnes arrêtées ne participaient à aucune action illégale: assis dans un parc, en train de dormir en pleine nuit, etc. Les policiers ont souvent utilisé une violence qui semble complètement injustifiée contre des manifestants (qui, rappelons le, n’avaient strictement rien à se reprocher) : coups de poing au visage, coups de matraque partout sur le corps, balles de caoutchouc, gaz lacrymogènes, charge à cheval, etc.

De très nombreuses arrestations ne visaient pas une personne en particulier qui aurait commis un crime, mais étaient plutôt un coup de filet visant l’ensemble d’un groupe.

Les forces de l’ordre ont diffusé des informations fausses pour expliquer ces arrestations, notamment en exhibant des « armes » qui n’ont aucun rapport avec les manifestants ou le G20.

Pendant ce temps, selon les témoignages, les personnes arrêtées ont vécu des conditions de détention pénibles et humiliantes : température glaciale, pas de lit ni couverture pour dormir, privation d’eau et de nourriture, fouilles à nu, etc.

La majorité des personnes arrêtées ont finalement été relâchées sans qu’aucune charge ne soient portées contre elles, démontrant que leur arrestation était injustifiée.

Certaines personnes sont accusées de délits criminels, comme de complot par exemple. Elles devront se défendre devant les tribunaux. Dans ce genre de situation, souvent les manifestants arrêtés finissent par gagner et être innocentés, mais seulement après tous les désagréments que cela suppose : perte d’argent, perte de temps, inquiétudes, restrictions imposées par la cour, atteinte à la réputation, etc.

Ces méthodes d’intervention policière sont conformes à ce qui est connu comme le « Protocole de Miami », qui vise à discréditer et décourager les manifestations pacifiques.

Une question demeure: pourquoi? Pourquoi un tel fiasco?

Comme lors d’une enquête policière, la première question à se poser est à qui profite le crime.

Ma réponse est une hypothèse. Je n’ai pas de preuves directes que telle était l’intention, mais les preuves circonstancielles sont nombreuses.

Lorsque les rues se remplissent d’une foule qui exprime des valeurs et des opinions divergentes des siennes, un gouvernement fait face à une contestation forte et difficile à combattre. Le vandalisme joue alors en faveur du gouvernement :

  • La population est dégoutée face au vandalisme, avec raison d’ailleurs. L’ensemble des manifestants s’en trouve discrédités. Le message des manifestants ne convaincra alors personne.
  • Dégoutée par ce vandalisme, une partie significative de la population croient que la violence des policiers (coups de poing, etc.) et les arrestations arbitraires sont justifiées. Cette violence et ces arrestations découragent plusieurs manifestants à continuer à s’impliquer. Aussi (surtout?), cela décourage les gens qui partagent les valeurs ou les opinions à commencer à s’impliquer. Les manifestations et autres contestations futures, pourtant tout à fait légales, et s’en retrouvent beaucoup moins populaires.

Est-ce que le vandalisme a été souhaité par le gouvernement pour « briser » les manifestants? Je n’ai pas trouvé une autre explication qui serait compatibles avec les faits.

La situation est assez troublante que des dizaines de milliers de personnes réclament une enquête indépendante. J’en fais partie.

Voir aussi l’article de Philippe Le Roux :

Etienne Denis

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J’ai écrit ce texte à titre personnel, sans lien avec mon emploi ou mes investissements. Vous êtes libres de le reproduire, incluant pour une utilisation commerciale, tant que vous ne le modifiez pas (vous devez donc conserver les hypertextes et la signature). La photo est sous licence Creative Commons de twitter.com/joshkowaleski.

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G20 : le problème avec les bavures policières

Réflexion par rapport au travail des policiers durant le G20 :

  • Quand un policier fait des bavures contre des gens qui n’ont absolument rien à se reprocher, on a u problème avec un individu.
  • Quand durant un événement ces bavures sont généralisées, on a un problème organisationnel.
  • Et quand ceux qui ont fait ces bavures reçoivent des félicitations publiques de leurs grands patrons et de la classe politique, on a un problème de société.

Plus d’info : G20 : répression policière dénoncée

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