Le petit garçon aux allumettes

J’accompagne Nathalie jusqu’au métro Sherbrooke. Nous avons marché dans l’hiver. Il est 22h. Je lui fais la bise, et ma joue froide s’attends au plaisir d’une joue chaude. Mais Nathalie a elle aussi marché dans l’hiver, bien sûr. Je lui fais un hug et mes salutations. Un ado me demande si j’ai des allumettes. Il le demande avec empressement. C’est un bum. Son regard sent l’urgence. Je n’ai pas d’allumettes, il se détourne et repose la même question au prochain passant. Je sors de la station de métro, je rentre à la maison. Le petit garçon aux allumettes repose la même question à tous et chacun. Je continue sur le trottoir. Il court derrière moi. Son grand manteau est ouvert, comme s’il ne s’intéressait pas au froid. Il me dépasse sans me voir, il se rend au coin de rue. Il n’y a aucun passant. Il traversse et se dirige directement au premier bloc appartement. Va-t-il aller sonner aux portes pour avoir du feu?!? C’est barré. Il va au deuxième bloc. Il ouvre. Regarde à gauche et à droite, surexcité. Il étend son manteau dans un coin sombre et s’y agenouille. Quelqu’un lui a donné des allumettes. Il pourra se faire sa dose. Peut-être une seringue de coke. Ou du crack? Je marche sur le trottoir. J’arrête un taxi et j’embarque, au chaud.