Subventionner l’effet de serre

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Photo : Alistair Howard

Vous pouvez recevoir une subvention de 1000$ à 2000$ pour l’achat (ou la location à long terme) d’une voiture. Le but : contrer l’effet de serre.

Voici pourquoi ce programme est une…

… une quoi? Une niaiserie.

Voici la logique. L’automobile cause l’effet de serre. On veut combattre l’effet de serre. Donc, en toute logique électoraliste, on subventionne l’automobile.

Combien sont ceux qui n’auraient pas acheté d’auto (et auraient donc pris leur vélo et du transport en commun) sans cette subvention?

Beaucoup, je crains. Ce qui risque d’annuler l’effet positif de ceux qui ont opté pour un modèle moins polluant à cause de la subvention. Mais le vrai problème en est un de message :

Combattre l’effet de serre c’est bien, mais on n’est quand même pas pour assumer des choix inconfortables…

Une autre façon de voir ça :

Peu importe l’effet de serre, l’auto est là pour rester, et quitte à y être, on est aussi bien la subventionner.

Une politique de lutte contre un comportement socialement indésirable doit commencer par arrêter de favoriser ce comportement indésirable. La deuxième étape, c’est de favoriser les comportements désirables.

Par exemple, supposons que vous voulez réduire l’alcool au volant. La première chose que vous faite c’est d’augmenter les pénalités pour les fautifs. Genre :

Hey, chose, si tu tues quelqu’un en conduisant ton char avec un verre de trop dans le nez, va falloir que tu t’expliques au juge, et si le juge n’est pas convaincu, il va t’envoyer à l’ombre quelque temps. Et si tu n’as tué personne, ben tu perds quand même ton permis.

Imaginez que le gouvernement annonce une nouvelle politique de lutte contre l’alcool au volant. Le programme s’appellerait « une dernière p’tite bière pour la route« . Lors d’un last call dans un bar, si vous prenez une bière plutôt qu’un double gin, votre bière coûte 50 cents de moins. C’est le gouvernement qui vous la subventionne.

Absurde? Oui. Mais c’est la logique suivie pour l’auto et l’effet de serre.

Le problème n’est pas de savoir ce que Monsieur Chose vas boire au last call alors qu’il est déjà un peu pompette. Le vrai problème n’est même pas de boire quelque chose alors qu’on est un peu pompette (ça peut d’ailleurs être vachement agréable). Le problème, c’est de boire quelque chose de plus alors qu’on va prendre ton auto quand même!!!

(Mon amie Carole remarquerait ici un super bel exemple de logique circulaire, mais c’est une autre histoire.)

Le problème avec l’effet de serre, c’est qu’on subventionne déjà l’utilisation de l’automobile.

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Photo : mtchm

Un exemple. Faire bâtir une nouvelle résidence en banlieue n’est pas sans coût. Il faut bâtir des autoroutes, des ponts, des écoles, et toutes ces autres infrastructures rendues nécessaires à cause des nouveaux développements.

Le hic, c’est que ce ne sont pas les propriétaires de ces nouveaux développements qui paient. Les coûts sont externalisés. Ca, ça veut dire que le nouveau propriétaire refile la facture à l’ensemble des payeurs de taxe.

Décidier qui paie est un choix politique… et normal. Certains biens ou services de consommation sont subventionnés. C’est le cas du théâtre. Ça ne devrait pas être le cas de l’automobile ou des choix qui rendent obligatoire l’utilisation de l’automobile, comme l’étalement urbain.

Remarquez, je pars bientôt en voyage. Je vais traverser l’Atlantique pour me rendre en Afrique. Je vais émettre à peu près deux tonnes de CO2. Est-ce qu’on m’a ajouté une taxe « effet de serre », applicable sur le premier trajet d’avion qui sort du pays (mais pas pour les trajets qui y entrent, histoire de nuire aux touristes canadiens qui partent et non aux touristes étrangers qui arrivent) et dont les revenus serviraient directement à compenser mon impact?

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Photo : txerra_vaquero

Non. Mais on devrait.