L’inceste n’existe pas
Le titre est volontairement provocateur : « l’inceste n’existe pas ». Ce qui existe, c’est l’agression sexuelle. Une campagne publicitaire est actuellement en cours, et c’est ça le message :
- La grande majorité des agressions sexuelles sont commises par une personne connue de la victime. Le danger ne vient pas d’un maniaque cagoulé dans le fond d’un parking sombre. C’est le chum que tout le monde aime, le père responsable, l’entraîneur de hockey engagé, le cousin sympathique.
- C’est 70% des agressions sexuelles ont lieu dans des résidences privées. Pas dans le fond d’une ruelle.
- La majorité des victimes ont moins de 16 ans.
- 80% des victimes sont des filles. (20% sont des garçons, il ne faut pas l’oublier.)
Je regarde tout ça avec une grille professionnelle: dans cette campagne, les mots sont choisis avec soin. C’est volontaire. L’adolescente du vidéo est clairement abusée par son père. Mais ce n’est pas le mot « abus » qui est utilisé. Abus, attouchements, inceste, viol: dans cette campagne publicitaire, tout est mis dans le même panier!
Et vous voulez que je vous dise? C’est une très bonne chose, très très bonne chose. Parce que tout est dans le même panier de l’absolument totalement complètement pas de « oui mais » zéro nuance inacceptable!
Voici une histoire sordide qu’un proche m’a récemment racontée. C’est un cas très clair d’agression sexuelle. Mais dans le récit qu’on m’en a fait, l’acte n’était pas nommé.
La fillette n’était même pas pubère. L’agresseur, un proche, était adolescent. La famille, témoin, était complètement désemparée. « Il lui a fait des attouchements. Elle lui a dit d’arrêter mais il a continué. » Les proches de l’agresseur qui tentent de contrôler les dommages, qui négocient un silence avec la mère de la victime… On cherche un solution pour éviter de faire scandale en étalant tout sur la place publique.
Non, désolé. Il l’a violée. Est-ce qu’on accepte? Selon ce que je comprends de ce qu’on m’a raconté, une loi du silence s’est installée, tout le monde fait comme si de rien n’était, et la jeune fille n’a pas le soutien dont elle a besoin. C’est pourtant l’une des deux priorités. L’autre priorité est de protéger les éventuelles prochaines victimes. Mais dans cette histoire, le jeune homme n’a pas à assumer… et se dit peut-être qu’il pourra recommencer sans conséquence?
La campagne publicitaire est très pertinente dans ce contexte.
- Elle aide à nommer la réalité. C’est une première étape.
- Elle guide les gens qui sont témoins: ils doivent intervenir!
- Un détail. La campagne publicitaire fait quelque chose de plus, et qui m’a surpris. Dans le site web www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca, sous le lien « ressources d’aide », on propose des services d’aide pour les victimes, mais aussi d’aide pour les agresseurs. C’est très important que les agresseurs potentiels qui craignent de passer à l’acte (ou de repasser à l’acte) aient des ressources pour, justement, les aider à ne pas passer à l’acte. Oui c’est particulièrement important d’aider les agresseurs qui sont prêts à se faire aider parce que trop souvent, justement, il s’agit du chum que tout le monde aime, du père responsable, de l’entraîneur de hockey engagé, du cousin sympathique… Ce sont des gens avec qui vous et moi avons des relations significatives. Ceux qui sont prêts à se faire aider doivent recevoir toute l’aide dont ils ont besoin… et tout le contrôle nécessaire pour qu’il n’y ait plus jamais d’autres victimes.
- Pour ceux qui ne sont pas prêts à se faire aider, qui ne sont pas prêt à être contrôlé, il y a la prison. C’est une mesure de contrôle poche, mais dans certains cas c’est la meilleure qui existe, sans oublier l’effet dissuasif. Rappelez-vous comment la peur de perdre son permis de conduire ou, pire, de faire de la prison, a convaincu plusieurs d’entre nous de prendre un taxi à la fin d’une soirée plutôt arrosée.
Je suis conscient que ce post est un peu plus heavy que ce que j’écris habituellement ici. C’est qu’en voyant cette pub, je me suis demandé combien de personnes m’ont confié avoir été victime d’une agression sexuelle. Combien?
J’ai compté.
Puis j’ai arrêté de compter.
J’étais rendu à 13. Il y en a plus, mais je n’ai pas été capable de compter plus loin. Ostie.
Si vous êtes vous aussi sensible à ce sujet, consultez ce site: www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca.
