Catherine Major

Catherine Major

Catherine Major. Dans une microscopique salle, le Théâtre du Marais à Val Morin, où une centaine de personnes se sont entassés. C’était plein. Mais on est arrivé tôt. Des bancs sont libres à la première rangée, côté centre-droit. On s’assoit. Le piano est à gauche.

La proprio, ou du moins celle que je devine être la proprio du théâtre, présente la soirée. C’est tellement petit qu’elle n’a pas besoin de micro. Les artistes entrent par la porte principale de la salle, comme les spectateurs l’ont fait avant eux. C’est que la salle est trop petite pour avoir un back stage. Derrière la scène: un mur. Il n’y a pas d’autre entrée que la porte principale.

Elle s’assoie. Elle s’assoie derrière son piano. Je l’ai dit: le piano est à gauche, on est première rangée centre-droit. D’où nous sommes, elle est cachée derrière son instrument. Nous ne voyons pas son visage, à peine quelques mèches blondes lorsqu’elle se lève.

Nous avons vue, littéralement, sous le piano. Nous avons vue sur les jambes de Catherine Major…

La musique : féminine, très féminine, émotive, forte. Je dirais « passionnée » si le terme n’était pas autant galvaudé. A notre droite le batteur, devant nous – je suis littéralement à ses pieds – le très bon contrebassiste. Mais nous ne la voyons pas, elle. Nous voyons sous le piano, ses jambes.

Catherine Major

Catherine Major habite sa musique, la musique passe du corps au piano. Il y a trop d’énergie pour un si petit corps, trop de tension, les jambes, comme trop pudiques, se ferment, se croisent, s’ouvrent. Toujours un mouvement, toujours une tension. Les pieds pointent, touchent les pédales du piano, montent sur le banc, se croisent, s’écartent. La tension et la sensualité qui en découlent sont trop fortes. Les jambes sont trop minces, trop longues, trop féminines, trop invitantes. Quand elle joue, ses jambes font partie de la musique. Nous sommes trop près, trop à droite. Nous voyons sous le piano. Après le show, Kathy (qui sauf erreur n’est pourtant pas du tout lesbienne), me parlera elle aussi de toute l’énergie sexuelle qui se dégageait de ce mouvement de jambes. Impossible de ne pas y être attiré. Ne pas y avoir été sensible aurait été, justement, être insensible.

Catherine Major, comme une jeune fille timide, souligne que la salle est petite, intimiste… intimidante. Trop de proximité. Lorsque je serai forcé de me lever pour soulager un excès d’hydratation, je dois attendre les applaudissements, car tout le monde est tellement proche que ça aurait été impoli de me lever pendant qu’elle chante.

Je ne reviens pas à mon siège. De l’arrière de la salle, j’ai une vue d’ensemble. L’acoustique est particulièrement bonne. Je suis à une dizaine de rangées des musiciens. Je découvre le visage, le sourire, les expressions, les mimiques. Je continue à découvrir la musique, mais les mots me manquent toujours pour décrire les sons. C’est peut-être pourquoi je décris plus les corps.

Les chansons s’enfilent. La crowd est comblée.

Plus tôt, elle avait bien constaté que nous étions quelques-uns à ne pas voir son visage. Elle avait proposé qu’on fasse éventuellement un jeu de chaise musicale.

Là, elle nous confie qu’à chaque show il lui arrive quelque chose d’incongru. Comme s’enfarger sur la scène. Comme, elle aussi, s’être trop hydratée. Coquine, complice, elle demande la permission de quitter la scène en nous expliquant pourquoi. Permission accordée. Elle traverse la salle – on ne peut sortir que par la porte principale – pendant que les musiciens jouent un air de chaise musicale. Quelques volontaires embarquent dans le jeu. Je me retrouve sur la première rangée, côté gauche. C’est aux pieds de la chanteuse que je me retrouve.

Les chansons continuent à s’enfiler, la crowd est toujours comblée, le bonheur s’étire jusqu’aux rappels. Le show se termine, nous nous retrouvons à l’extérieur, un peu euphoriques, complètement allumés. Il y a Luc, Kathy et Geneviève. Nous rejoignent le claviériste et le contrebassiste, puis le batteur. Ils sont eux aussi très contents de la soirée. La chanteuse est restée à l’intérieur, je me fais dire qu’elle signe et vend des disques.

Notre petit groupe est prêt à partir, j’hésite à le retarder pour me procurer le disque moi aussi. Et pour saluer la belle chanteuse. J’embarque finalement dans l’auto en me disant que les chansons seront assurément disponibles sur iTunes. L’auto démarre, je me trouve con parce que je ne pourrai y saluer l’artiste.

Nous nous retrouvons au chalet. Nous faisons un feu, nous sortons la bouteille de scotch. Je l’avais acheté à Londres, c’est faire honneur aux souvenirs de ce voyage que de partager le Talisker 57 North après un si bon show.

Nous aurons bavardé d’amour, de sensualité, d’expérience, de vie, de tout ça… Nous aurons parlé avec passion, ris fort et même pleuré. Je tairai les détails. Fin de soirée magnifique. Je me suis endormi d’un sommeil paisible et profond, peuplé de rêves éblouissants. Je pèse lemot.

Mon seul regret est de ne pas avoir acheté un cd, et de ne pas avoir demandé à Catherine Majour si elle était toujours amoureuse. Je crois qu’elle l’est, zut. ;-)

Catherine Major

Si vous êtes curieux :

Catherine Major

<Catherine Major

3 réflexions au sujet de « Catherine Major »

  1. Mise à jour plus d’un an plus tard. Kathy m’a dit que la madame Major étai enceinte lors de ce show. Ca réponds à deux questions, la deuxième étant le pourquoi de son excès d’hydratation à elle. :-)

  2. Salut Étienne,

    Je me suis permise une petite excursion dans ton blogue personnel. Merci de nous permettre d’entrer ainsi dans une partie de ton intimité. Il est fort beau et agréable (le blogue). Et puis, si j’étais Catherine Major, je crois bien que je serais extrêmement flattée de savoir qu’un fan aura décrit mon show d’une aussi jolie façon. Le terme « jolie » n’est pas tout à fait approprié, disons euh…sensible et envoûtante, à l’image de ce show que je n’ai pourtant pas vu.

    Josée

  3. La soirée de samedi a effectivement été mémorable, par toute son humanité. Dans l’intimité de la salle, dans le contact avec les artistes pendant et après le spectacle et, enfin, dans la communication d’être à êtres qui s’est établie « dans la veillée » !
    Je suis contente de ne pas avoir vu les photos de Catherine Major avant le spectacle. Je la trouve beaucoup plus vraie et simple sur scène que sur ces clichés qui me semblent réduire l’âme à plat… (Mais en fait, si j’y réfléchis un peu, c’est toujours ça que ça fait les photos…).
    Et puis, il reste le sujet de la sensualité de l’artiste. Celle là, elle transparait autant en 2D qu’en personne. Mais je préférerai toujours le forme et le mouvement à l’image. L’imparfait à l’idéal. Les défauts et l’erreur, les limites et les écueils, c’est ça aussi, l’humanité.

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