Costco vs Léméac (à la défense de Costco)

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On assiste au Québec à un beau combat entre libraires et grandes surfaces. « Bras de fer entre Costco et Michel Tremblay », titre Le Devoir. En résumé? Les libraires veulent une nouvelle loi pour interdire aux grandes surfaces d’offrir un rabais de plus de 10% sur les livres pendant des mois suivant leur lancement. C’est la politique du « prix unique ». En attendant que la loi passe, Léméac voulait fournir le nouveau livre de Michel Tremblay à Costco seulement deux ou trois semaines après les libraires. Costco a répondu « non merci, on va plutôt annuler notre commande ».

En d’autres termes, un fournisseur (Leméac) essaie d’imposer des conditions à son client (Costco). Les deux ne parviennent pas à s’entendre, la transaction est annulée. Oh, oui, le livre n’est pas un produit de consommation comme les autres, mais rien ne devrait obliger Costco – ou n’importe quel librairie – à accepter des conditions qui ne lui convient pas. Un éditeur voudrait imposer des conditions similaires aux librairies, « on retient volontairement les versions papier pendant deux ou trois semaines, mais Amazon aura la version Kindle dès le premier jour », et les libraires grimperaient aux rideaux. Avec raison d’ailleurs. Pourquoi alors blêmer Costco?

Surtout qu’on veut bien protéger les libraires, mais le hic, c’est que lorsque mon beau-père téléphone « Aye, je suis chez Costco, veux-tu le dernier Di Stasio? », il n’enlève pas de vente à un libraire. Un autre jour, je n’aurais pas fait cet achat spontané… même si je visite, ou plutôt visitais, une librairie en moyenne à toutes les deux semaines.

Au final, c’est donc moins donc moins de livres qui sont vendus, ce qui est néfaste pour toute l’industrie, sauf dans ce cas-ci les libraires eux-mêmes, qui n’ont rien perdu dans l’escarmouche (raison pour laquelle ils applaudissent si fort).

Si au moins cette bataille n’était pas si futile… Plus haut je disais « visitais un librairie » parce que, comme beaucoup beaucoup d’autres lecteurs assidus, ceux qui sont – étaient – le pain et le beurre des libraires, je me suis acheté un lecteur numérique. Je suis donc encore un client des auteurs, encore un client des maisons d’édition, mais je ne suis plus un client librairies.

Alors que les parts de marché des grandes surfaces restent minimes, la filière numérique, que ce soit un livre papier acheté sur le web ou un livre électronique, ne cesse de croître.

J’avais demandé à ma libraire de quartier ce qu’elle faisait pour contrer la concurrence du numérique. J’aurais été agréablement surpris de l’entendre dire que ses conseils personnalisés étaient une valeur ajoutée appréciée, qu’elle les envoyait par courriel à ses clients réguliers et qu’elle investissait beaucoup de temps pour choisir la meilleure façon de vendre éventuellement des livres numériques à ses clients fidèles qui quitteraient le papier.

Elle m’a plutôt répondu que ses clients n’aimaient pas lire du numérique. Ah bon.

Entre temps, je viens de m’acheter deux thrillers, l’un très local (Une maison de fumée de François Lévesque), et l’autre plutôt blockbuster international (Inferno de Dan Brown). Sur le web et en version numérique, évidemment.

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