Douala est un cloaque grouillant de vie humaine

Je suis arrivé à Douala. Le beat est zen. Le mien, pas celui de la ville.

On m’avait décrit Douala comme une métrople chaotique. Elle l’est. En plus, c’est sale. Et bruyant, très bruyant.

Très chaud, genre 28 C à mon arrivée alors que le soleil se couchait. Très très très humide. Douala est construite au milieu d’un marais. La ville est encombrée d’ordures en décomposition. Ajoutez l’odeur du fuel, kérosène, diesel et autres essences mal brûlées par des moteurs trop usés.

Noté dans mon cahier : Douala est un cloaque grouillant de vie humaine.

L’hôtel Beauséjour où je loge est sur une rue relativement tranquille. Voici la vue de ma chambre:

Douala - vue de l’hôtel Beauséjour

Et voici d’autres notes prises dans le même cahier.

  • Sur l’autoroute de l’aéroport, pas de ligne au sol pour séparer les voies. Des gens marchent sur le bord. Et des motocyclistes roulent à contre-sens.
  • Les lacis de l’autoroute me font penser à Seatle. Imaginez un Seatle où l’on aurait aboli l’entretien des routes pendant 40 ans, vous aurez un bon portrait. Le chauffeur de taxi est tout fier de me montrer une section où l’asphalte est plane et la route bien éclairée.
  • Il sort de la voie rapide. Le premier bâtiment de Douala que je vois bien est un immense taudis à moitié détruit. Les tôles sont rouillées et déchiquetées. C’est un commerce. On y vend des matériaux de construction.
  • Deux boulevards à deux voies dans chaque sens se croisent. La circulation est dense. Aucune signalisation : pas de feux, pas même un stop. Tout le monde klaxonne et le trafic réussit à être assez rapide. Une moto avec deux passagers coupe les quatre voies du trafic sans ralentir.
  • Des motos partout. Se faire déposer quelque part coûte généralement 30 cents. Le passager arrière porte parfois un bagage surprenant. Comme une boîte de 1 mètre par 1 mètre sur la tête (dans le trafic). Il y a aussi des taxis partout (en jaune sur la photo), mais ils sont plus cher. Peut-être 45 cents…
  • Un container contient des déchets. Il a été laissé là, sur le bord de la rue, depuis trop longtemps. Des mouches partout autour. Un jeune y récupère une bouteille d’eau vide. Il la remplira de jus glacé pour la vendre aux rares toursites.


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  • Une papaye, deux gros avocats, quelques bananes : 80 cents. Disponible à peu près partout dans de petits kiosques au coin des rues. A côté des containers de déchets.
  • Je marche dans la rue, j’entends à l’occasion « le blanc! ». Comme ça, pour rien, comme il y a quelques décennies on aurait dit « le nègre! » à un noir qui aurait déambulé dans les rues de Baie Comeau. En une journée complète à arpenter les rues du centre-ville, j’aurai compté à peine 15 blancs, dont au moins deux qui étaient à bord de mon avion. Je suis une minorité hyper-visible.
  • Les banques ne changent pas les dollars américains. Pour changer son argent en monnaie locale, il faut des euros.
  • Il y a peut-être 5 ou 6 guichets automatiques dans la métropole, et autant dans le reste du pays. On ne peut pas compter sur eux, ils ne sont pas fiables. Vaut mieux entrer au pays avec assez d’euros cash pour tout son voyage. Tout au long de mon voyage, je me promènerai donc avec, caché dans mon bas gauche, l’équivalent de semaines, voire des mois de travail d’un Camerounais. J’ai une autre planque de cash dans mon petit sac à dos, une autre dans mon gros sac à dos. Au total, je traîne sur moi plus que ce que la plupart des Camerounais gagnent en un an.
  • À la banque, le client à côté de moi, un Camerounais d’environ 30 ans, a pour environ 20,000$ de francs CFA, qu’il a changé en euros. C’est l’équivalent du salaire moyen d’un Camerounais pendant 6 ans. Ça semble être « business as usual » pour lui.
  • Je prends ma douche. J’entends des cris à l’extérieur. Un gars engueule un autre en le tenant fermement par la chemise. Objet de la dispute : celui qui est en colère prétends que l’autre a ouvert la valise de sa voiture dans l’espoir de le voler. Le voleur présumé a l’air d’un gars sympathique. Il nie tout et réussit à garer le sourire. Un gars sorti de nulle part bouscule la victime de la tentative de vol, qui lâche la chemise en tombant. Le « gars sympathique » et son complice s’enfuient à la course. Ils ont râté leur coup.
  • La femme de chambre n’a pas pris le pourboire laissé sur la taie d’oreiller malgré le « Merci! » bien en évidence.


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Noté, aussi, dans mon cahier à propos de Douala : la laideur, parfois, peut être belle. A mon retour, Carole m’avertira que dans quelques semaines, je me surprendrai à m’ennuyer de ce « cloaque grouillant de vie humaine ».

Entre temps, je ferai plusieurs nuits de file à 10 ou 11 heures de sommeil. Je rêverai pratiquement toutes les nuits que je serai au Cameroun.