En route vers Park Miramar Hotel, Limbé, Cameroun

Je quitte Douala. Douala est « trop » pour moi : trop de bruit, trop d odeurs, trop de tout. Je pense que j’aurais pu y triper si j’y étais arrivé détendu. Mais c’est rendu ici, de l’autre côté de l’Atlantique, que je réalise jusqu’à quel point j’étais fatigué. Je ne me sens pas bien dans le chaos doualien.

Je quitte donc la métropole pour une petite ville beaucoup plus relaxe sur le bord de la mer. Je vais à Limbé.


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S’y rendre fait partie de l’aventure.


Parce qu’il faut d’abord se rendre à la gare d’autobus. Il faut donc trouver le chemin où est la gare. Parler français aide : taxi #1 jusqu’à tel rond point. De là le taxi #2 qui traverse l’unique pont de la ville pour se rendre à la fameuse « gare d’autobus ».

Je m’attendais à un building avec un nom de compagnie d’autobus sur la devanture, et à l’intérieur un comptoir derrière lequel une fille répond aux questions sur les prix et les destinations, prenant soin d’indiquer le bon numéro d’autobus et de vendre le bon billet.

HA HA HA, vraiment, quelle naïveté!

La gare d’autobus est une convention sociale au milieu d’un bidonville. Il n y a rien d’autre qu’une convention voulant que les taxis et minibus arrêtent et partent de là… pour toutes les directions… sans aucune indication!

Le taxi (commun, parce qu’en Afrique, un taxi, ça se partage) me dépose donc là. Je suis le seul blanc. J’ai l’impression de traîner une immense pancarte « je suis riche ». Je le réalise alors, c’est la première fois que j’entre dans un bidonville.

Il y a plein de gens. La plupart me regardent. J’accroche un beau sourire et j’ouvre les yeux. Il y a là, devant moi, entre le gars qui semble réparer un moteur avec une lime à fer et l’autre qui semble vendre quelque chose à manger, un minibus. Il y a des bagages dessus et des gens devant. Je suis peut-être au bon endroit.

Je demande. Non ce n’est pas l’autobus pour Limbé. L’autobus pour Limbé passe dans cinq minutes.

  • Comment je vais faire pour savoir que c’est le bon autobus?
  • Je vais l’arrêter pour toi.

Ils sont deux ou trois à s’offrir pour m’aider. On m’explique comment faire du pouce pour arrêter une voiture ou un autobus (on utilise l’index, pas le pouce, et c’est très important que l’index pointe dans la direction où l’on va, dans mon cas l’ouest) (mais comment je fais pour savoir où est l’ouest???). Un minibus arrive. Mon interlocuteur l’arrête, confirme la direction, m’indique le prix que j’aurai à payer (3$), m’aide à monter mes bagages sur le toit et me souhaite bon voyage. Tout est sous contrôle. ;-)

C’est un minibus de 9 personnes. Nous sommes 17 (sans exagération).

Après une heure, je dois changer de minibus. Les autres passagers me donnent les informations. On m’assigne une dame qui se rend à la même destination que moi et qui me guidera en chemin. Puis c’est un taxi. Quand j’additionne le prix de chaque tronçon, j’arrive aux 3$ convenus. Me rendre à Limbé, à 75 kilomètres de Douala, m’aura pris une bonne partie de la journée.

Mais je suis rendu à Limbé, sur le bord de l’Atlantique.

J’ai une réservation au Bay Hotel, au centre-ville. Je prends la suite (à 20$ la nuit). Pas d’air climatisé, mais un gros ventilateur. Ça me prend à peine 5 minutes pour voir comment on peut entrer dans cette chambre sans clé et sans rien briser. Je cache mon passeport et une partie de mon argent sous la moquette déchirée au fond d’un garde-robe. J’enveloppe mon sac à dos dans son filet métallique, que je barre sur un meuble. Je vais marcher dans la ville.

Je me rends d’abord sur Church Street, où selon mon Travel Guide je pourrai trouver de quoi manger. Mais je cherche surtout de quoi boire : de l’eau.

C’est, là aussi, un bidonville. Des shacks bâtis de bric à brac, on devine parfois un bar parce qu’il y a des bouteilles de bière sur une table. Tout est sale, les détritus traînent partout. Des putes me lancent des « Helloooooooo! » qu’elles veulent invitants. Je ne me sens pas du tout sur le beat d’être invité. J’ai l’impression d’être le seul blanc du centre-ville. Cette impression est rigoureusement vraie.

Est-ce que c’est ça l’Afrique? Quelque chose ne va pas dans mon voyage. J’avais une appréhension quand l’avion amorçait sa descente : et si, malgré tous mes désirs et toute ma préparation, je n’aimais pas ça? Là, en marchant sur Church Street et en repoussant une pute plus insistante que les autres, je me demande sérieusement si j’aime ça.

Le soir, je me rends compte que ma chambre donne sur un bar, situé un peu plus bas sur la pente. Le bar joue sa musique à tue-tête… à l’extérieur. Je suppose que des gens dansent. Je suis certain que des gens se saoulent. Je ne me sens pas assez sécure pour m’aventurer seul dans cet univers nocturne, ni surtout pour revenir seul dans l’obscurité qui sépare l’hôtel du bar où j’aurai été identifié comme un millionnaire perdu et solitaire.

La musique est trop speadée pour moi. Ça me fait penser à un mix entre de la salsa et du disco, mais joué beaucoup trop fort, et surtout beaucoup beaucoup trop vite. Le beat cacaphonique remplit ma chambre. Les basses font résonner le plancher. Je ne dors pas. J’ai la réponse à ma question : je n’aime pas ça. J’ai les blues, et je les ai sérieux.

Je réalise que je me sens seul, et que je ne vais pourtant pas vers les gens. Et que ça me fout les blues. Et qu’il me reste une vingtaine de jours à passer au Cameroun.

Je me lève. Voyager est une question d’attitude, et je dois changer mon attitude. Changer ce qui ne me convient pas. Je prends une douche fraîche. Demain, j’irai vers les gens. Je me recouche et m’endors facilement malgré le bruit.

Je fais un rêve merveilleux dans lequel je danse. Je suis dans un loft où habite mon vieil ami Vincent, et ce loft n’est rien de moins que Notre-Dame-de-Paris. La musique y est forte, puissante, mais le son est excellent, evenu parfait avec l’écho de la cathédrale. J’ai le pouvoir de voler et je fais des ballets aériens.

Je me réveille le lendemain habité d’une attitude remise à neuf.

Limbe, Cameroon

Au hasard d’une marche, j’explore une petite rue de gravier entourée d’arbres. Les rares maisons sont immenses. Sur la droite, c’est le jardin botanique. Je vois une terrasse à l’ombre sur le bord de l’eau. Une jolie fille y mange. C’est le Park Miramar Hotel. Je n’y avais pas loué ma chambre parce que, selon mon Travel Guide, ça me semblait trop loin du centre-ville. Mais le centre-ville et son bar archi-bruyant n’est qu’à 10 ou 15 minutes de marche si jamais je m’en ennuie.

J’entre et j’y prends mon dîner. C’est bon. Il y a une piscine. L’endroit est propre et très calme. Les clients sont en majorité des expatriés. J’y resterai quelques jours.

Et, pour vous donner une idée de l’atmosphère dans le jardin de l’hôtel, voici les paysages devant lesquels je prendrai mon mon thé du matin ou mon apéro du soir.

Sur la gauche :

Face au Park Miramar Hotel

En face :

Le matin, devant le Park Miramar Hotel

Sur la droite :

Coucher de soleil, Park Miramar Hotel
Post-scriptum.
L’Afrique m’aura graduellement apprivoisé. Après deux semaines, je me sentais tout à fait à ma place dans une petite rue comme Church Street. Après deux semaines d’apprivoisement, je serais entré dans l’un de ces shacks, dirigé vers le fond et demandé une Amstel glacée en déposant mes 500 cfa sur le comptoir. Puis je serai allé piquer une jase avec les autres clients. Mais ça, c’est seulement après avoir pris le temps d’être apprivoisé.