Un photographe à Douala

gars de bar - douala

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Je suis dans l’un de ces bar-restos populaires de Douala où l’on ne voit jamais de blanc. Imaginez un bidonville. Prenez un shack au hasard dans votre bidonville imaginaire, enlevez le mur du devant et du côté pour en faire une terrasse recouverte, et voilà, vous avez un portrait assez juste du resto.

Il y a quelques gars assis aux tables. Au fond, une fille derrière un comptoir qui sert de la bière. À l’entrée, un petit barbecue avec des brochettes qui grillent (ça, c’est la cuisine du resto). Des restes de viandes jetés dans le caniveau, des tonnes de mouches autours de ces restes, plein d’autos qui klaxonnent… C’est Douala dans ce qu’il y a de plus typique.

Je prends une bière, il est midi.

C’est mon dernier jour à Douala. Mon avion part ce soir. Je n’ai pratiquement pas de photo de Douala. Je n’osais pas sortir ma caméra. Disons.

Je vais la sortir, et ça s’avèrera la plus stressante de mes aventures camerounaises.

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La carte mémoire de mon appareil est celle du début du voyage, celle qui contient les photos auxquelles je tiens le moins. C’est l’autre carte mémoire qui a les girafes et toutes les photos du nord.

J’hésite. Je pèse le pour et le contre. Finalement, la bière aidant diront certains, j’ose. Je sors ma caméra.

Mais je ne la pointe pas. Je tiens ma caméra nonchalamment à a main. Sans viser, la tenant si possible immobile au bout du bras, je commence à prendre des photos.

Mon voisin commence à parler photo avec moi. Je peine à le comprendre même s’il parle français. Son accent est épouvantable.

Autre gars de bar, Douala

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Je prends une quinzaine de photos dans le bar…

scène de bar - douala

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Deux clients

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Puis je sers ma caméra et je sors.

A l’autre coin de rue, je m’assoie pour boire de l’eau. Même manège avec la caméra au bout du bras, sans viser, en passant le plus inaperçu possible.

Boulevard de la Liberté, Douala, Cameroun

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Je ne passe pas inaperçu. Je change de coin de rue.

Chauffeur de moto-taxi

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Centre-ville, Douala, Cameroon

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Regard sur le photographe

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Je reviens graduellement vers l’hôtel, je tourne sur l’avant dernière rue avant l’hôtel, il y a des écolières en uniforme. C’est plus calme. Nous sommes, rappelons-le, vers 13h…

 

Petite rue, Douala

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Autres regards sur le photographe

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Au bout de la rue, un gars m’aborde.

Jeune, l’air un peu fendant je trouve, il me demande ce que je fais. Il dit travailler pour les services de renseignement du président, il me montre rapidement une carte d’identité. Je remarque qu’il n’y a pas de photos. Ce n’est pas un agent secret, c’est un voleur.

Je trouve que vraiment, j’aimerais avoir pas mal plus de gens autour de moi.

Il me dit que prendre des photos est illégal. Je joue le jeu et je lui dis, d’un ton désinvolte, que c’est bien sûr légal. Je continue à marcher, il ne me suit pas. Il appelle des complices au cellulaire.

Il me rejoint. Il me dit d’attendre là ou je suis. Je refuse. Je lui répète que je suis touriste, et que les touristes ont le droit de prendre des photos. Il me demande pourquoi alors de sers ma caméra.

Du con, pourquoi tu penses?

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Un acolyte arrive. C’est de moins en moins drôle.

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Je commence à trouver ça énervant. Je leur lance un « désolé messieurs » d’une voix assurée. Ils insistent et me répètent de rester là. Je répète mon « désolé messieurs » et je continue à m’éloigner.

J’ai en tête des histoires d’horreurs arrivées ici à des gens que j’ai rencontrés: ce touriste suisse qui s’est fait voler son passeport et tout son argent à quelques centaines de mètres d’ou je suis, et surtout cette Africaine qui s’est fait kidnappée et qui aurait dû normalement se faire tuer.

Je tourne sur une rue plus achalandée. Je marche près des autos, à la vue de tous. Je marche plus vite. Je tiens fermement mon sac à dos de jour. Au coin, une moto-taxi. « Chez Air France ». Je ne prends pas le temps de négocier le prix, évidemment. Je dis chez Air France parce que je me rappelle du gorille en uniforme qui y ouvre gentiment la porte.

Je descends de la moto-taxi 100 mètres avant Air France. J’ai changé d’idée. Je vais à la banque. Là, les gorilles sont plus nombreux, ils sont armés, et en plus je peux plus facilement prétexter quelque chose pour y passer du temps.

Je crains en effet que mes « amis » m’aient suivi, se soient regroupés avec l’arrivée d’autres complices, et m’attendent à la porte. Je monte à l’étage au bureau de change, je demande si un « Alain Tremblay, un Canadien comme moi » travaille ici, je dis que je ne suis pas sûr que j’aie la bonne banque. On me répond non, évidemment, je sais très bien qu’il n’y a aucun Alain Tremblay à Douala, mais ça permet d’avoir une bonne réponse si on me demande ce que je fais là.

Je descends à l’étage et m’assis dans un coin qui n’est pas à la vue de l’entrée, et je fais semblant de consulter mes notes. Si on me pose des questions, je répondrai que je cherche où j’ai noté la banque dans laquelle mon ami canadien travaille. Mais je suis blanc, donc on ne me posera pas de question, à part pour savoir si on peut m’aider.

Je me rends alors compte jusqu’à quel point mon coeur bât vite. Même si ça fait au moins 5 minutes que je suis dans la banque.

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Ouf, j’essaie de me calmer.

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Mais un doute persiste : et si c’étaient des vrais policiers en civil? J’essaie de me résonner, la carte d’identité n’avait pas de photo, si c’était des vrais flics ils m’auraient d’abord demandé à moi de m’identifier… Anyway prendre des photos est légal… Mais les gars voulaient peut-être un pot de vin, comme c’est leur habitude d’en demander? Ou à défaut d’un pot de vin, ma caméra?

Je commence à réfléchir ce que serait avoir de sérieux troubles avec les policiers (ne pas avoir obéis à un ordre d’attendre, etc.), surtout le jour de mon départ alors que les délais me feraient rater l’avion…

Je réussis à me résonner graduellement.

Non, ce ne sont pas des gars du service de renseignement. Ils ne sont pas flics. Ces gars-là voulaient me « confisquer » ma caméra. Des voleurs. C’est tout.

Je sors de la banque, je regarde autour de moi, j’arrête un taxi qui est vide et lui demande le prix pour me déposer directement à mon hôtel, ce qui veut dire qu’il ne prendra pas d’autres clients. J’ai imaginé, dans ma paranoïa, le taxi bloqué dans le trafic, et les deux gars entrant chacun par une porte…

J’entre dans mon hôtel, aucun policier ne m’y attend. Je suis plus calme, mais pas tout à fait calme quand même.

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J’ai maintenant quelques photos de Douala que j’aime bien.

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3 réflexions au sujet de « Un photographe à Douala »

  1. En réponse à la question, cette histoire « à la con » est le récit d’un après-midi que j’ai passé dans le quartier le plus « touristique » de Douala : ce que j’ai fait, comment je me suis senti, etc. Je ne prétends pas que mon expérience est représentative. Bien sûr, ce genre d’histoire peut arriver à Paris, ou à Montréal où j’habite, ou dans d’autres villes que j’ai visitées comme Bangkok ou Seatle. Ce que j’essaie d’en tirer? Qu’est-ce qu’on essaie de retirer d’un récit de voyage à part le plaisir de raconter?

  2. C’est quoi cette histoire à la con? Deja, il faut savoir que le Cameroun, comme tous pays du tiers-monde d’ailleurs n’est pas toujours beau du fonds. D’ailleurs tu etais à Douala, as tu visité Paris et les salle coin de Paris. Pourtant la France est un pays disons developpé. En plus oublies tu deja que si ces pays comme le Cameroun est si pauvre c’est parce que la France entre autre l’exploite sans pitie? Aussi qu’espere tu en tirer de ton histoire?

  3. Ping : Etienne Denis | photos, Montréal, voyages et autres » Blog Archive » Chaos au Cameroun…

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