Auteur du roman la Deuxième fin

(Extrait : début de scène)

Portland (Maine), États-Unis d’Amérique

Le vent du nord traverse le golfe du Saint-Laurent et s’engouffre dans la vallée de l’Anse-Pleureuse, en Gaspésie. Il monte les pentes et pousse les pales d’une éolienne. La force mécanique engendre un mouvement de bobine dans un champ magnétique, ce qui déplace des électrons dans un câble. L’électricité traverse la frontière américaine en un temps infime et se rend à Portland, dans le Maine, où elle se répand par mille et un chemins. Sur Cumberland Avenue, au fond d’une petite cordonnerie, trois ordinateurs s’activent.

Leur propriétaire, une vieille Polonaise qui refuse de prendre sa retraite, sait que ses trois machines se combinent à 50 autres, 100 autres via la Mosaïque pour donner vie à un Assistant qui exécutera la tâche confiée par un parfait inconnu. Peut-être une firme d’assurance de New York qui fait la révision de réclamations ? Ou un couple qui cherche une partenaire pour la fin de soirée ? Ou encore un fast food du centre-ville qui personnalise ses plats au goût de chaque client ? La vieille Polonaise se désintéresse totalement de ce qui se trame dans ses ordinateurs (et n’aurait d’ailleurs aucun moyen de s’y intéresser), tant qu’elle accumule des crédits qui permettront à son propre Assistant d’avoir recours à un bassin de ressources communes pour terminer la tenue de livres de la cordonnerie.

La vieille Polonaise ne le sait pas, elle ne le saura jamais, mais cette fois-ci ses trois ordinateurs ne se joignent pas à 50 ou 100 autres machines, mais s’incorporent à un réseau temporaire qui s’étale le long de la côte est du continent, un réseau temporaire d’une dimension et d’une complexité que les meilleurs experts en intelligence informatique jugeraient impossible. Ce sont 97 913 appareils qui se coordonnent pour exécuter la tâche d’un seul Assistant.

 
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© 2020 Étienne Denis

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